Article extrait du n°48 (Juin 2000), reproduit avec l'aimable autorisation du journal.

Pour tous les lecteurs de la première heure d'AUTO modélisme, le nom de Jean-Claude Baudier est associé aux articles consacrés à la technique du diorama publiés dans nos premiers numéros. Notre collaborateur y a évoqué l'outillage, les différents supports et également toutes les techniques de peinture indispensables à la création de n'importe quelle construction ou décor.
Il vous a donné les ficelles pour rendre la patine du temps, les dégradations qu'inflige une course même aux plus belles voitures, la poussière, la pluie ou l'huile.

Jean-Claude est aussi l'auteur du diorama des stands Peugeot du Mans en 1993 paru dans notre numéro 7, qui offrait une incroyable vue en coupe transversale de l'activité des membres de l'écurie travaillant sur les 905, de la piste en passant par les boxes, jusqu'aux camions-ateliers situés derrière ceux-ci. Une autre de ses superbes créations trône dans le hall d'exposition de Toyota sur les Champs Elysée à Paris, retraçant l'aventure du constructeur nippon en terre mancelle.

L'histoire à laquelle il nous invite aujourd'hui est celle des stands Bugatti durant les essais des 24 Heures 1937. Une histoire qui ne semble pas concerner l'Aston Martin rouge qu'une bâche recouvre pudiquement. Appuyé sur l'aile arrière de sa Chenard & Walcker, Giraud Cabantous, ou Rigoulot, sans se préoccuper de la Simca 5 n° 59 qui semble vouloir rejoindre son stand, pose pour la postérité. Labric, ou Veyron, s'apprête àprendre la piste au volant de la Bugatti 57G n° 1 alors que les mécaniciens s'affairent sur le second "tank", la n° 2, des futurs - mais cela ils l'ignorent encore - vainqueurs, Wimille et Benoist.

Sur la piste, dans les boxes ou au premier étage, des spectateurs privilégiés et fascinés assistent à ce ballet où se mêlent photographes, commissaires de piste et gendarmes. Derrière ce monde fascinant, au revers des stands, d'autres personnages s'activent, flânent ou semblent perdus, telle cette religieuse poussant sa bicyclette...

aAvant d'en arriver là, la première étape a consisté à rassembler le maximum de documentation sur les voitures, sur les bâtiments, sur les décors et sur les costumes. Tâche d'autant moins évidente que les documents de cette époque ne sont pas légion. Peu à peu le diorama s'est précisé dans la tête de Jean-Claude. Aussi, la première chose qu'il a faite pour visualiser "son histoire" a été de la dessiner. Une photo peut permettre de réaliser une scène, mais pas l'ensemble d'un tel diorama. Celui-ci ne peut donc qu'être un condensé imaginaire d'une multitude de scènes. Il effectue donc plusieurs vues en perspective de sa saynète, ce qui permet de cadrer le ou les événements à mettre en valeur. Une fois le décor, les voitures et les acteurs définitivement mis en scène, il en réalise chaque fois un plan d'implantation dans le but d'éviter toute erreur incongrue de dimension ou de placement. Ce plan est d'autant plus précieux lorsqu'il s'agit de réaliser d'imposants bâtiments, à l'exemple de ces stands du Mans 1937. En l'occurrence, c'est en partant des plans du réservoir d'essence situé derrière les boxes, datés de 1931 et fournis par la société (heureusement toujours en activité) qui l'a réalisé, qu'il a pu reconstituer les dimensions des stands.

A droite, le plan retrouvé des réservoirs d'essence qui a permis de dessiner les bâtiments à leur juste hauteur. On retrouve ce réservoir derrière les stands construits en bois. Ceux-ci ont été réalisés à l'aide de baguettes de balsa. Les tôles formant la toiture ont été découpées dans sur carton ondulé (vendu dans les magasins d'art graphique). z

zQuant à la réalisation, elle est une parfaite application de tous les conseils et astuces développés par lui-même dans les pages de sa rubrique technique au fil des premiers numéros (numéros 1, 2, 3, 4, 5, 8, 10, 14 et 18). Chaque détail est examiné avec soin. C'est la nature des bâtiments qui dicte le choix des matériaux, ici le bois. Tous les accessoires, personnages et voitures sont positionnés "à blanc" jusqu'à ce que l'exactitude de mouvement ou de situation corresponde à l'effet souhaité. Les figurines Denizen, Track-Pass ou le Phœnix sont le plus souvent adaptées, modifiées, ou relookées. Les outils et pièces mécaniques, quand ils n'existent pas chez les accessoiristes, comme les bougies, sont réalisés par ses soins. Les voitures, la Bugatti ou les camionnettes installées derrière les stands, dont les portes ou les capots moteurs s'ouvrent, sont bien entendu également des transformations personnelles. La peinture, les dernières retouches de patine ne viennent qu'au final. C'est ce long et minutieux travail qui donne "vie" à son diorama.

Initialement architecte d'intérieur formé aux beaux arts, Jean-Claude Baudier est aujourd'hui à la tête d'une entreprise de huit personnes dont l'activité est la conception de... stands d'exposition, de 3 à 3 000 m2, pour des clients tels que Facom et Siemens. Par ailleurs, pour répondre aux nombreuses demandes de réalisations de dioramas, émanant de clients particuliers ou d'entreprises, Jean-Claude a créé la société Chrono 43 qui, comme son nom l'indique, s'occupe de miniatures. A titre d'exemple, le diorama de la Ferrari 375 Plus où figure Enzo Ferrari est facturé un peu moins de 10 000 francs et celui des stands du Mans 1937 un peu plus de 70 000 francs. Si les tarifs peuvent sembler conséquents, sachez que le premier nécessite deux mois de travail, et qu'il faut neuf mois pour... enfanter le second. Tout travail a un coût, et la qualité du sien est irréprochable. Jean-Claude, pour reprendre ses mots, réalise ses rêves en trois dimensions. Et rien ne le comble plus que de voir d'autres personnes contempler pendant de longues minutes le résultat de ses "histoires". Et comment ne pas être admiratif et fasciné?

Jean-Pierre D'Artois


Ci-contre, un petit clin d'oeil à la dernière édition mancelle pour l'impressionante figure de style réalisée par la Mercedes (1999).
Ci-dessous, en 1954, c'est la présence inattendue d'Enzo Ferrari dans les stands qui a motivé cette saynète. La Ferrari 375 Plus de Feeling 43 repose ssur une base eau rouge à laquelle seule une bande de macadam, des outils et des personnages Le Phoenix ont été ajoutés.

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